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Je ne sais plus combien de temps je suis resté à me morfondre sur mon apitoyable sort dans ma chambre, dans
notre chambre. Je ne compte plus les heures, les minutes, les secondes... Je passe mon temps, jour et nuit, à observer ce putain de téléphone qui ne sonne jamais. C'est à en perdre la tête. J'essaie pourtant de ne pas penser à tous ces souvenirs nostalgiques qui me hantent constamment. Mais plus j'essaie d'ignorer, plus ca me revient encore plus intensément, plus effrayant que jamais. Malgré tous mes efforts, Bill reste toujours dans mes pensées. Ses lèvres, son visage, la façon dont il me regardait... Il me manque tellement. Je l'aime plus que tout.
Oui, j'aime mon frère et je me fous éperdument de ce que vous pouvez penser de moi. Vous pouvez courir sur tous les toits et crier au monde entier que je suis un monstre, ca ne changera pas ce que j'éprouve pour lui. Je n'ai jamais choisi qui que j'allais aimer et je suis un être humain comme tout le monde. Vous pouvez rire de moi parce que je suis différent, mais vous n'y comprenais pas. Ce que j'ai ressenti, personne sur cette misérable terre n'ait pu éprouver de telles émotions. Alors c'est plutôt à mon tour de rire de vous, car vous, vous êtes tous identiques. Bill et moi, Tom Kaulitz, nous vivons quelque chose d'unique et de plus fort que tous ceux qui aiment se payer notre tête. Si seulement je pouvais être avec lui... Mes tempes me font de nouveau atrocement mal et comme pour en atténuer la douleur, je frappe férocement mon poing sur le matelas du lit. Ca me fait toujours ca lorsqu'une folle tristesse mélangée à un soupçon de rage me traversent l'esprit. Je voudrais pleurer, mais je n'en suis plus capable puisque j'ai déjà pleuré toutes les larmes de mon corps. Quelques fois, ma seule solution consiste à crier de toutes mes forces, à en avoir la gorge en feu et les cordes vocales déchirées. D'ailleurs, je ne ressens même plus la douleur, mis à part celle que Bill m'a infligée lorsqu'il a voulu s'enlever la vie. Par
ma faute... Mon seul et unique espoir se résigne seulement qu'à ce téléphone. Mon avenir ne dépend que de celui-ci. Je l'observe de nouveau, me préparant déjà à en être déçu, mais aussi étrange que cela puisse paraître, le bruit strident de la sonnerie parvient finalement à mes tympans. Ca m'a prit une fraction de secondes pour comprendre ce qui se passait réellement et lorsque je saisis le combiné, tout semble être au ralenti, irréel.
Mes membres sont en alerte, mon c½ur aussi par la même occasion. Je le sens s'accélérer au rythme de ma respiration lorsque je porte finalement l'appareil à l'oreille. Une voix rauque et grave se fit entendre. Une voix que j'ai longtemps espéré qu'il m'appelle; c'était la voix du Dr Trümper bien sûr. Il m'a parlé avec une telle rapidité que je n'ai pas tout saisie, mais l'essentiel était là. Je ne pouvais pas le voir évidement, mais chose certaine, tout n'allait pas rond. Surtout lorsqu'il m'a expliqué qu'il devait absolument me voir et me parler de vive voix... Que se passait-il?
Mais je m'en câliss de ce que tu peux bien me dire face à face, criss d'imbécile! Je n'ai besoin que de savoir l'état de Bill!
Je me retiens pourtant pour ne pas lui balancer tout ca à la figure... Et c'est avec un ton plus que naturel que je réussis malgré moi à formuler ce que j'avais en tête, mais d'une voix plutôt neutre et calme. Il me répond alors tout bêtement que c'est délicat et que pour cela, il devait me rencontrer absolument. Et c'est avec une quiétude et une angoisse extrême qui me laissa après avoir raccroché. Font-ils tous exprès?
Qu'ils aillent tous au Diable! Je me lève soudain, fais les cents pas dans cette pièce encombrante et finis par projeter une bouteille vide de 40 oz sur le mur face à moi. Celle-ci se fracassa en une multitude de débris coupants. C'était plus fort que moi...mais maudit que ca m'a fait du bien! Pendant quelques instants, rien qu'un très court lapse de temps, j'ai imaginé réserver le même sort au Dr Trümper. Je me secoue frénétiquement la tête, en me disant que la folie m'avait de nouveau monté à la tête. Depuis quelques temps, mon imagination sadique et mon agressivité face à l'absurdité de la situation m'a parfois fait perdre un peu la raison. Mais tout ceci va se calmer lorsque je vais enfin Le revoir. Juste à y penser, je me calme déjà un peu.
3 semaines. 3 criss de tabarnâck de semaines. 3 semaines d'enfer sans Lui. 3 semaines de rage incontrôlable, de pleurs lamentables, d'alcool, de drogue et de sang... Oui, de sang. J'étais tellement bourré que j'ai perdu le contrôle de la situation. Je me suis réveillé avec les yeux gonflés et rougis et avec une salle gueule de bois. Le sang séché couvrait ma figure meurtrie ici et là. Aucune idée, aucune hypothèse n'ait pu traverser mon esprit tourmenté. Seule chose claire comme l'eau, mon piercing à la lèvre inférieure a été arraché. J'avais la tronche ensanglantée, mais je n'y pensais même plus. Mes pensées étaient de nouveau tourner vers la source de ma vie; Bill... 3 semaines interminables que j'ai dû passer en ayant la conscience qu'il pouvait me quitter à tout jamais. 3 semaines pendant lesquelles je sombrais dans un autre univers, tandis que Lui sombrait dans le noir la plus totale. Coma. Ce mot qui me traumatise encore aujourd'hui et dont j'ai de la misère à prononcer.
Je sors un peu de mes pensées. Je ferme subitement les yeux et prend une grande bouffée d'air. Cette chambre n'a même plus l'odeur de Bill, mais elle est imprégnée à présent par celle de la crasse, de la saleté et de l'emprisonnement. Je me fous totalement, car on finit par s'y habituer. Quand j'ouvre finalement mes yeux, une toute nouvelle réalité s'offre à moi; c'était encore pire que je le pensais. Des vieux jeans, des chandails et autres vêtements dégoûtants jonchaient le sol, sans compter de la poussière accumulée dans chaque recoin. Les meubles étaient dans un piètre état, les murs étaient tâchés par une couleur bourgogne... Des bouteilles de bière traînaient sous le lit et les sachets dans lesquelles contenait le cannabis couvraient ma table de nuit en entier.
Honte. Honte d'avoir vécu dans cette soue à cochon et d'y avoir trouvé réconfort...
Et si Bill rentrait aujourd'hui? Merde! Faudrait pas qu'il voit le désordre catastrophique que j'ai crée par mes soins... Lui qui est un grand maniaque de la propreté et des produits parfumés. Je n'ai plus qu'une heure pour replacer cette porcherie à son point de départ ou du moins, le plus habitable possible. Tout d'abord, faudrait enlever mon vieux linge que j'ai sur le dos depuis ô je ne sais combien de temps et tant pis si je ne suis couvert que d'un boxer. Et hop, mission accomplie! Ensuite, ouvrir les volets. Je me précipite de ce pas vers la fenêtre et une lumière brûlante jaillit de la vitre et me frappe droit dans l'½il. Ca m'aveugle au plus haut point. Moi, qui a passé la majorité de mon temps à broyer du noir. Il ne reste qu'à ranger, à laver et à jeter toutes ces paperasses. Juste à m'entendre penser, j'en suis découragé. Mais ce n'est pas le temps de baisser les bras.
Bill va rentrer aujourd'hui. J'en suis sûr et certain! Il ne peut pas me laisser encore seul. On sera de nouveau heureux. On se mariera et on finira par adopter deux ou trois p'tits gosses! Bill sera le mien. Le
MIEN. À moi. Personne ne pourra le toucher. Je ne le perdrai plus jamais et je tuerai de mes mains nues ceux qui seront assez fous pour l'approcher! J'ai envie de le dire une centaine de fois. Il n'y a rien qui m'en empêche d'ailleurs...
- À moi, moi, moi, moi, moi, MOI, MOI, MOI, MOI, MOI, MOI,
M-O-I!
Je l'ai crié haut et fort et le son résonne encore entre ces quatre murs de béton.
Ahahahahahahahaha haha! J'en ris tout seul maintenant. Je ris parce que je sais que j'ai raison et qu'il m'appartient! Un grand sentiment victorieux s'emporte de moi.
Il n'est plus le temps de dérouter de mon objectif; il faut absolument remettre cette pièce en état.
Après une heure acharnée de ménage intensif, je crois bien que j'ai réussi quelque chose de potable, dire même, remarquablement impeccable. En rangeant, j'ai pu ramasser des tas de choses et entre autre, des centaines de feuilles écrites noir sur blanc. Mon écriture. Mes pensées. Ma perte. Tout y était. Je ne me rappelle même plus d'avoir écrit autant... Mais puisque je n'ai plus personne sur qui comptait, il ne me restait qu'à s'ouvrir à moi-même.
Il y a six ans, mes parents ont divorcés et depuis, j'habite dans une petite maison tranquille avec ma mère et Bill à Magdebourg. Je n'ai plus eu de nouvelles de mon père depuis longtemps et ma mère, celle en qui je pensais pouvoir avoir confiance, m'a aussi abandonnée lorsqu'elle a su ce que je ressentais pour mon propre frère. Mes amis? J'en ai plus vraiment... Il ne me restait que Gustav et Georg, mais je crois bien que je les ai perdus aussi lorsque, contrôlé par une colère aveuglante, je les ai tous envoyé chier. Tant pis. Je n'ai plus besoin de personne. Je n'ai besoin que de cet amour qui me fait souffrir, qui me tue un peu plus chaque jour, qui me détruit intérieurement, qui m'a transformé en une bête féroce et assoiffée. Mais cet amour me maintient vivant. Cet amour est une drogue. Car Bill c'est
ma drogue. Délicieuse drogue.